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TO en classe pédagogie Freinet

THÉÂTRE DE L’OPPRIME EN PÉDAGOGIE FREINET
 article écrit pour l’ICEM (le mouvement Freinet) et publié par celui-ci. Voir notamment les chapitres 1 et 2,( 2.1 à 2.5) qui racontent les scènes de TF, ensuite, je raconte jeux, exercices, méthode, et réflexions  sur le fond.

0) prologue: je passe du « théâtre libre » au » théâtre de l’opprimé »
J’ai rencontré la pédagogie Freinet en mai 1968. Devenu instituteur peu après, j’ai très vite mis en place le théâtre libre dans ma classe unique à Oudeuil (60). Lorsque je m’interrogeais sur l’aspect conformiste du jeu des élèves (adultes dominant systématiquement les enfants), un échange avec les collègues du groupe départemental de l’Oise m’a particulièrement éclairé. Alors que je pensais avoir échoué parce que les enfants reproduisaient les rapports de dominations enfant/adultes dans leurs improvisations, ils m’ont permis de comprendre que je pouvais regarder autrement leurs créations : lorsqu’un enfant joue un adulte, il met en scène les rapports de force générationnelle et d’autorité patriarcale tels qu’il les ressent, les vit. Il prend son rôle au sérieux.
Or, le théâtre, c’est sérieux, ce qui se passe sur scène, c’est tout simplement vrai. Par conséquent les acteurs avaient mis en scène… la réalité.
Je pense à cette phrase que j’allais bientôt rencontrer : « l’image de la réalité est réelle en tant qu’image ».

Restait la question : comment sortir du conformisme et de l’ordre établi ? Avec un début de réponse : l’image théâtrale, celle des désirs, des rêves, est donc réelle, elle aussi. Alors… Et si on apprenait à jouer nos rêves ? Les vivre viendra peut-être ensuite.
En 1980, invité par des collègues de l’école moderne, j’ai participé à un stage de formation au Théâtre de l’Opprimé, rencontré Augusto Boal et suis allé voir des spectacles de théâtre forum : nouvelle révélation ! Je me suis formé à cette méthode notamment au cours d’un stage Freinet autogéré d’un mois, à l’École normale d’instituteurs, en 1983. Nous avions alors travaillé une semaine entière avec des formateurs du T.O. ce qui avait abouti à la création d’un groupe « théâtre de l’opprimé » au sein de l’IDEM 60 (institut départemental de l’école moderne).
Nous avions commencé par monter un théâtre forum sur nos propres problèmes de militants pédagogiques, pour le jouer ensuite au congrès ICEM de Nanterre. A notre grand plaisir, les congressistes venus nous voir jouer nous dirent : « Tu es venu visiter notre groupe ? Non ? Pourtant c’est bien lui qui est décrit » ! la situation présentait donc un aspect universel et ils s’étaient bien reconnus, malgré la particularité des anecdotes mises en scène.
Plus tard, nous avons nous-mêmes mené des ateliers TO avec des collégiens puis pratiqué dans nos classes.
Le récit qui suit relate un atelier hebdomadaire d’un trimestre avec des élèves. Chacun pourra y comparer le théâtre libre et le théâtre de l’opprimé. Je reviendrai sur cette question au dernier chapitre dans lequel j’aborderai les questions suivantes :
– un atelier hebdomadaire, chapitre 1 ;

– le spectacle de théâtre forum qui en est résulté, chapitre 2 ;
– une réflexion sur le processus adopté, chapitre 3 ;
– quelques jeux préparatoires, chapitre 4;
– quelques techniques de théâtre image, chapitre 5 ;
– références et réflexions chapitre 6 ;

1. Un atelier hebdomadaire à l’école Viala, Lille 2002.

Une partie de l’après-midi du lundi est consacrée à des ateliers décloisonnés où les enfants de CE2 et CM s’inscrivent librement, pour un trimestre. J’anime l’atelier théâtre avec 16 inscrits. Nous disposons d’une grande salle au sol en parquet ciré, très agréable. Les séances durent environ 1h 30, parfois un peu plus si on « mange » la récréation.

Comme d’habitude, je commence par proposer des jeux issus de « l’arsenal » du Théâtre de l’Opprimé, liés à nos cinq sens : sentir ce que l’on touche, entendre ce qu’on écoute, voir ce qu’on regarde, se souvenir des goûts, des odeurs, mettre en jeu plusieurs sens… Souvent, je propose un bref tour des ressentis de chacun·e après le jeu. Ensuite j’en arrive au théâtre image, puis au théâtre image avec création de personnages, enfin à l’improvisation, puis au théâtre forum. (Ces différents termes seront expliqués au fil du texte).
En cercle, je précise quelques consignes : ici, tout est libre :
– On peut se retirer discrètement d’un jeu qu’on n’aime pas, si possible sans gêner les autres. – Chacun·e pourra accepter ou refuser de jouer tel ou tel rôle sans avoir à se justifier.
– On peut raconter en dehors ce que soi-même on a fait dans les jeux, mais pas ce que les autres ont fait, et c’est encore plus vrai à propos des improvisations ou des récits.
– Nous choisirons ensemble la distribution des rôles et ce que nous montrerons au public si un spectacle final est prévu.

2. Le spectacle public
Il dure une heure trente avec les interventions du public et compte trois scènes. Nous verrons plus loin comment nous y sommes parvenus, après des jeux préparatoires, puis des techniques de  théâtre image qui ont préparé les récits et leur mise en scène théâtralisée.

2.1 Le rôle de chacun pendant la représentation
– Le joker ou la jokère (la personne formée au TO) mène la séance, présente les règles.
– Après chaque histoire jouée, les spec-acteurs pourront intervenir (un par un) mais pas depuis la salle, uniquement en venant sur scène, La circulation de la salle à la scène et retour est réglée par le joker.
– On vient sur scène de sa propre décision, ni poussé par un ami, ni (encore moins) par un adulte !
– Les acteurs conservent les rôles de leurs personnages, ne s’expriment pas en tant qu’eux-mêmes.
– Sur un clap du joker, les acteurs s’immobilisent en silence, se figent en plein mouvement.
– Après chaque intervention du public sur scène, le joker ou la jokère demande à l’intervenant·e « As-tu pu tenter ce que tu voulais tenter ? ». Il ou elle le ou la remercie, tente une synthèse et questionne la salle.

2.2 Première scène : « fille aînée, je fais tout »
Cette scène a eu un grand succès. Nicole fait la vaisselle, puis repasse, pendant que ses frères regardent la télé ou jouent. Dans la salle, les garçons rient, se donnent des coups de coude, en disant « Oui, oui, c’est bien comme ça» !

A la fin, je pose nos questions rituelles :
– Pensez-vous, comme Nicole, que ce n’est pas juste ?
Mouvements divers.
– Pensez-vous que ça pourrait être autrement ? (le public discute en mode brouhaha deux minutes).
– Nous allons rejouer la scène, et vous allez pouvoir intervenir. Voici comment : si un personnage te ressemble, si tu penses qu’il ou elle a la même volonté que toi, et si toi, à sa place, tu voudrais t’y prendre autrement, alors lève la main, j’arrêterai les acteurs, et tu pourras venir le ou la remplacer sur scène pour improviser une attitude différente. Les acteurs vont improviser avec toi, essayer de réagir comme le feraient leurs personnages dans la réalité.

Plusieurs filles sont vite venues sur scène remplacer Nicole, une d’elles a même tenté de donner le « fer à repasser» à son frère qui refusait en criant « j’suis pas une fille ! ».

Enfin, des garçons ont voulu venir jouer un frère solidaire de Nicole.
Enfin, des garçons ont voulu venir jouer un frère solidaire de Nicole.
Précisons que la repasseuse, munie d’une boîte en plastique, (son fer) et d’une vraie chemise, jouait le rituel du repassage à la perfection. Elle tenait donc sa boîte comme un objet véritablement brûlant. Au cours des remplacements, on a vu que les garçons qui acceptaient d’inverser les rôles traditionnels, laissaient facilement le fer « brûler » la chemise en omettant de le redresser avant de le lâcher ! Et Nicole ne manquait pas de le faire remarquer (rires). D’autres repassaient la chemise en laissant les manches emmêlées. « T’es vraiment nul ! »
Ces remarques suscitent la question de l’apprentissage : quand et comment on apprend, (et de qui) ? à faire la vaisselle, laver le sol, faire un gâteau, repasser, etc.
On a bien ri, surtout en entendant une fille dire à son (vrai) frère venu repasser sur scène : « Ce soir je dis à maman que maintenant, c’est toi qui va repasser !»

2.3 Deuxième scène : « je suis un garçon, mais… »
Stéphane, que j’ai en classe, semble bien dans sa peau et a tenu à jouer son propre rôle. On le voit vivre à l’école dans ses vêtements multicolores. En récréation il joue avec les filles, il est proche de certaines en classe… Une scène montre quelques conflits avec ses parents à propos de ses cheveux et de ses vêtements.
Une autre scène raconte enfin le fameux rendez-vous entre l’enfant, sa mère, et la psychologue. Stéphane tient à nous montrer une psychologue normative, bien sûr jouée par une enfant.
Elle interroge Stéphane sur ses goûts, fait de petites grimaces, questionne sa mère sur sa petite enfance. Stéphane s’énerve et se défend :
« J’ai bien le droit de jouer à l’élastique, non ? » Mais la psy lui rétorque : « Tu es un garçon, ne l’oublie pas ». La mère ajoute « Tu as compris ? Alors joue avec les garçons ».
Stéphane sort en colère, puis pleure.
Fin de la scène.

Bien conscient que les enfants ne peuvent pas eux-mêmes résoudre ce problème, je ne demande pas au public : « Que feriez-vous à la place de Stéphane » ? Mais je propose de venir sur scène sculpter l’image idéale (technique décrite plus bas).
Les enfants, l’un après l’autre, viennent modeler les acteurs (comme dans le jeu des statues, décrit plus loin) en leur montrant aussi quel visage faire (en miroir). On obtient vite un consensus : une mère et une psy approuvant Stéphane, qui est tout sourire.
Je demande ensuite « Dans la réalité, comment cela pourrait-il aller mieux pour Stéphane ? » (J’ai repéré dans la salle quelques adultes bienveillants). Aussitôt une femme vient remplacer l’enfant qui joue la psy. S’adressant à l’actrice qui joue la mère, elle lui demande :
– Vous avez peur de quoi ?
– …
– Qu’il devienne homosexuel ? C’est ça ?
– …
– Mais Madame, on ne devient pas homosexuel. Laissez le jouer et s’habiller comme il veut, ça ne changera rien ! L’homosexualité, ce n’est pas une maladie, ça ne s’attrape pas. Ce n’est pas interdit et c’est respectable…
Applaudissements, sans commentaire. Stéphane rayonne.
Je n’insiste pas en proposant d’autres remplacements. Il a été soutenu publiquement par une adulte, il l’a vécu, ressenti, et les enfants ont entendu.

Nous étions en 2002, Je pense que vingt ans plus tard, le débat aurait pu être différent. Les mœurs et les réflexions sur le genre ont évolué, heureusement.

2.4 Troisième scène : « Encore une bagarre aux toilettes ? »

Au cours d’un remplacement, une petite vient se plaindre auprès des maîtresses qu’un grand a ouvert la porte des cabinets pendant qu’elle y était, et s’est moqué d’elle. Réponse musclée de l’enfant qui joue la maîtresse :
« Je l’ai déjà dit à tes camarades qui se plaignent ! Pfft… On est deux, on surveille la cour et le jardin, on peut pas être partout, débrouillez vous entre élèves. »
Silence. Puis la petite venue remplacer l’enfant, ajoute tranquillement :
« Mais madame, je crois qu’il faudrait trois maîtresses en récréation : une pour la cour, une pour les toilettes et une pour le jardin. Pourquoi vous faites pas comme ça ? ».
Stupeur des enfants-acteurs qui jouaient les adultes, et qui ne savaient plus quoi faire. Gros applaudissements dans la salle.
Je savais qu’un conseil d’enfants allait avoir lieu, et j’ai pu constater plus tard que la question y avait été abordée, et… résolue: Béatrice, membre du personnel municipal, appréciée de toutes et tous, avait jusque là pour missions d’ouvrir et fermer les portes extérieures, soigner les bobos, nettoyer les vomis, balayer les couloirs, réconforter…
L’année suivante, ses taches ont été rediscutées avec elle, sa hiérarchie et l’équipe pédagogique. Elle se tient maintenant systématiquement, pendant les récréations, à l’entrée des toilettes, avec sa chaise et sa petite mallette d’urgence. Plus de bagarres d’eau, ni de portes qui s’ouvrent sauvagement. Le théâtre forum peut avoir des effets dans la vie réelle des institutions.

2.5 Remarques sur ces trois scènes.
Dès la première intervention, je me place en bord de scène, mais face à l’intervenant·e. Clap de début : improvisation. À moi d’arrêter l’intervention par un clap ou un stop, au moment où j’ai l’impression qu’on n’ira pas plus loin. Les acteurs s’immobilisent et tiennent la posture, sans commenter. Je demande alors à l’intervenant·e : « Est-ce que tu as pu faire ce que tu voulais ? Veux-tu continuer ? » et je remercie pour la tentative. Puis je pose des questions au public, en m’abstenant absolument de juger : « Ça va mieux comme ça ? », « Est-ce plus juste ? ». J’essaie de faire une synthèse de l’intervention, puis demande  « Qui voudrait prolonger cette intervention ? », « Qui a une autre idée, différente de celle-ci ? », Et j’ajoute…. « Ne raconte pas ton idée, viens la jouer ! »

Les interventions se succèdent, parfois contradictoires, ou surprenantes. Au cours des moments de forum il y a toujours des hésitations, des velléités d’intervention que je tente d’encourager, mais sans jamais obliger.
Quand c’est possible, il est agréable de terminer la séance par une intervention réjouissante, touchante ou optimiste.
Des formations au théâtre forum sont proposées sur le site www.reseau-to.fr

3. Retour sur le processus de création du théâtre de l’opprimé en classe

3.1 Comment les histoires qui seront jouées sont-elles arrivées dans le groupe ?

Par différentes techniques de théâtre image souvent par l’image à quatre, parfois suite à l’image de l’antagoniste, parfois par simple récit direct mis en scène ensuite, après des jeux d’image, ou par la technique « pilote-copilote » (techniques décrites dans l’ouvrage de Boal Jeux pour acteurs et non acteurs).

3.2 Choix des histoires à mettre en scène
Nous choisissons collectivement dans l’ensemble des improvisations déjà jouées, celles que nous allons mettre en scène. Elles appartiendront ainsi à tous, nous passerons du « je » au « nous ». Ce sont des sujets qui nous intéressent, évidemment, mais pas obligatoirement des situations que beaucoup de monde a vécu. Un sujet porté haut et fort par un enfant peut aussi être accepté par le groupe. Dans cette école, ce fut le cas de l’histoire de Stéphane, le seul garçon du groupe qui n’aimait pas les jeux dits « de garçon ».

3.3 Devons-nous arriver forcément à un spectacle public ?
Le spectacle public n’est pas le seul aboutissement à envisager. La décision de rendre public certaines histoires appartient aux participant·es. On peut, au cours d’une séance, jouer une scène et « faire forum » aussitôt entre nous, (c’est-à-dire proposer des remplacements avec la dizaine de  spec-acteurs constituée par le reste du groupe). Je commence toujours avec un forum au sein du groupe, même si un spectacle public est prévu. C’est toujours une réflexion en actes, très riche et les questions de trac ou de pudeur ne sont alors pas du tout les mêmes. Cela permet d’expérimenter des changements d’interprète pour certains rôles.
On doit aussi tenir compte du temps nécessaire pour parvenir à un spectacle public : mon atelier hebdomadaire me faisait disposer de vingt à trente heures.
Quelles scènes vont devenir publiques ? Vers la 5 ou 6ème séance de mon atelier hebdomadaire, nous nous interrogeons avant de les jouer à l’extérieur (cette année là, nous allions jouer pour deux classes, puis au cours d’une fête, et dans une rencontre scolaire). Deux questions :
– Que voulons-nous montrer de ce nous avons joué jusque là entre nous ?
– Quelles questions voulons-nous poser au public ?

3.4 exercices de mise en scène pour un spectacle public.
Pour préparer un spectacle public, compter entre entre une et deux heures pas scène :
On peut faire un travail d’acteur, et enrichir la scène. Tous les enfants peuvent proposer une variante, une autre interprétation, ou un élargissement de la question sur le mode « je critique, je propose ». Ensuite, nous essayons d’approfondir les volontés, les motivations des personnages, puis nous théâtraliserons le jeu (voix, placements, décor, style de jeu) :
a) Pour chaque scène, je propose une répétition dite « à style ».
Je choisis alors parmi les styles suivants celui qui pourrait renforcer leur jeu :
– en exagérant tous les gestes, comme si les bras et les jambes mesuraient deux mètres,
– en exagérant les regards, comme si les yeux lançaient des rayons lumineux,
– en exagérant la longueur des déplacements des acteurs, leur positionnement sur le plateau, suivant l’état d’esprit du personnage,
– en chantant comme à l’opéra, ou en dansant, ou…
J’emploie le mot exagérer, mais il s’agit plutôt d’amplifier, de magnifier c’est-à-dire de rendre plus grand tel ou tel aspect.
Il arrive que les enfants me questionnent : « On va vraiment jouer comme ça ? » Je demande alors de chercher ensemble ce que cette répétition à style a apporté à chaque personnage : c’est ce qu’on décidera de garder pour la représentation.
Certains personnages ont besoin d’être renforcés, notamment si la scène ne permet pas de comprendre quelle est vraiment leur volonté (concrète et générale), quelles sont leurs motivations, leurs peurs, leurs espoirs, leurs croyances.

b) Je propose aussi l’interview de personnage
On imagine un plateau de télévision, nous sommes tous journalistes et questionnons un invité : il s’agit du personnage à renforcer. En général je pose la première question sur un ton protocolaire. « Bonjour madame, monsieur, ou jeune homme, jeune fille, merci d’avoir accepté notre invitation, je voudrais vous demander… » Chaque enfant peut ensuite poser sa question, sur le même mode. Quelques exemples :
-Madame, pourquoi ne donnez-vous pas le repassage à faire à votre fils ?
-Madame, pourquoi pensez-vous que les filles repassent mieux que les garçons ?
-Madame, vous-même, petite, vous aidiez vos parents ? À quoi ? et vos frères ? 
-Madame, voulez-vous que ces habitudes-là changent ? Pourquoi ?

L’acteur doit répondre comme le ferait son personnage et pas selon ce qu’il pense lui-même. Bien entendu, le groupe aide l’acteur en proposant lui aussi des réponses.
Après quelque séances, les récits personnels sont devenus des histoires, nous ne les avons pas écrites, mais fixées par improvisations successives. Éventuellement, je peux maintenant les écrire ! Il y a souvent trois histoires, parce que trois scènes permettent à tous les enfants de jouer, et les mises en scène peuvent avoir lieu dans le temps imparti. Cela donne au spectacle lui-même une durée raisonnable.

c) Ensuite, nous travaillons à l’accueil du spec-acteur sur scène
Il ne s’agit pas de le ou la faire taire, mais d’improviser en fonction de la volonté de nos personnages. Nous serons là pour lui résister, mais aussi pour qu’il puisse jouer sa proposition !

Faire forum entre nous permet de nous exercer. C’est un dosage délicat, dont le joker est le garant, et qui reste sous le contrôle du public : s’ils pensent, que dans la réalité tel ou tel personnage réagirait différemment, les spec-acteurs, pourront dire « stop » Serait-il plus oppresseur ? Plus conciliant ?

4. Quelques jeux préparatoires
Les jeux revêtent pour nous une grande importance dans leur rôle d’échauffement et de cohésion du groupe, bien sûr, mais nous les considérons aussi comme des métaphores de la réalité. Ils peuvent éveiller des souvenirs, amener des thèmes et des récits. J’en présenterai ici quelques-uns accessibles sans formation spécifique au T.O. (parmi beaucoup d’autres, notamment liés au rythme).Voir le livre de Boal : Jeux pour acteurs et non acteurs).
Ces jeux ne sont évidemment pas pratiqués en une seule séance, et je veille à ce que la première séance comporte déjà une partie « théâtrale ».

4.1 Occuper l’espace (de 10 à 30 minutes) ni préparation, ni pré-requis)

Marcher en silence, sans toucher les autres, en se dispersant le plus possible. A mon stop (je tape dans mes mains), on colle ses pieds au sol. On regarde : où y-a-t-il des espaces vides ? Clap, on repart, en essayant, cette fois, de ne pas laisser de vide… Clap. Etc.
Compliquons un peu : au clap, si je vois un espace vide je tente rapidement mais discrètement de le combler !
Ce jeu a beaucoup de variantes, en voici une que j’utilise souvent lors de la première séance : « Marchez seul·e, avec personne autour de soi. Au clap, instantanément, groupez vous par deux. Vite, chaque petit paquet doit veiller à ce que tout le plancher soit occupé. On recommence, groupez vous par trois, puis par cinq… huit ! (agrippe toi aux autres).

Je peux attribuer des critères aux regroupements (avec ou sans nombre imposé), être de la même taille, de la même couleur de pantalon, de chemise, de cheveux, et même d’yeux ! (sans parler) ou au contraire : ne pas avoir ceci ou cela en commun…

Intérêts de ce jeu : aiguiser la prise de conscience de la place occupée par les autres dans l’espace, rompre avec la tendance à se regrouper toujours avec les mêmes, ici, l’urgence d’équilibrer le plateau prime sur le désir de retrouver ses ami·es.

4.2 Complétez l’image (de 10 à 30 minutes) aucune préparation ni pré-requis)
Je propose ce jeu dès le premier matin dans quasiment chaque atelier. En voici le déroulé :
En cercle, une personne vient au centre, prend une posture fixe : une image dans notre jargon. Une autre personne vient compléter cette image, en prenant à son tour une posture en lien avec la première posture. On se touche ou pas, on se regarde ou pas, mais il s’agit bien d’une scène à deux personnages. On tient l’image, c’est-à-dire qu’on reste fixe, yeux compris, quelques secondes.
Je demande ensuite à la toute première personne de quitter l’image, quelqu’un d’autre vient lui succéder en complétant l’image au gré de son inspiration, et si possible bien différemment ! Ainsi de suite. Les rires fusent quand on est surpris par le changement de signification.

Parfois les situations sont reprises et proposées le lendemain, des thèmes surgissent quand on propose de verbaliser les projections que le groupe fait sur les images ainsi produites.

Quand je demande « Que projettes-tu ? », « Cela te fait penser à quoi ? » ou « Tu te souviens de quoi ? », c’est une manière de voir comment chacun s’implique dans cette image. Il y a parfois plusieurs projections divergentes. Il ne s’agit surtout pas de devinette du genre « Qu’ont-ils voulu dire ? ». Je précise d’ailleurs que les acteurs, c’est-à-dire ceux et celles que nous regardons, doivent rester muets. Cet apprentissage de la projection plutôt que de la lecture univoque est fondamentale, et le sera plus encore lors de jeux d’images complexes. Boal, le fondateur du théâtre de l’opprimé, nous répétait d’ailleurs à l’envie : « L’image est polysémique ».

Si l’ambiance le permet, je crée des sous-groupes de trois ou quatre personnes qui fonctionneront simultanément de la même façon. Le regard des autres et mon regard de joker, sont alors moins présents, moins pesants. Il est ainsi plus facile de se « lâcher ». Ce jeu permet aussi de se désinhiber, car même une posture malpolie est proposable, si c’est juste pour quelques secondes.

« On peut donc, dans ce groupe, parler de tout ? » De beaucoup de choses en tout cas, avec la confiance qui se crée. Et n’oublions pas que si les écrits restent, les images théâtrales, elles, s’envolent !
Une variante :
« Reprenez l’image précédente, souvenez-vous, qui était là » ? Puis « Reprenez la précédente ». On remonte ainsi jusqu’à la première image créée. Sourires, tous sont ravis de constater que finalement, on y arrive très bien, avec ses propres souvenirs et ceux des autres « Mais si ! Toi, tu étais comme ça ! » Cette réussite valorise le groupe et chaque participant·e.
Une autre variante :
Lorsqu’il s’agit d’un groupe réuni pour travailler sur un thème qu’il a déjà choisi, on peut orienter la lecture des images : « A partir de maintenant, interprétez chaque image en décidant que la scène se passe par exemple au travail, (ou en famille, en réunion)… et commentez. »
Et encore :
« Complétez l’image, mais en prenant maintenant le pouvoir sur l’autre, ou au contraire en vous soumettant, ou en ayant peur, ou… »

4.30 Le chat et la souris :jeu d’intégration à proposer au début d’une séance d’atelier.
En cercle, on se groupe par deux, avec son voisin ou sa voisine. Chacun·e met ses mains sur ses propres hanches, les coudes bien ressortis, pour s’accrocher ainsi par deux. Si le groupe est impair, j’explique que l’enfant restant sera la souris, moi je serai le chat, provisoirement. Au ralenti, la souris court vers un groupe, s’accroche par le coude à un des enfants : la souris est alors sauvée ! Attention : on ne peut pas être trois dans un groupe, l’enfant du groupe de deux qui n’a pas été accroché doit donc sortir et se sauver, il est maintenant la souris que je poursuis. Bien sûr, comme à touche touche, les rôles souris-chat s’inversent si je l’attrape.

Conseil : essayer d’abord plusieurs fois au ralenti, pour que le mécanisme soit bien compris. On s’amuse beaucoup. Ce jeu à la vertu de mélanger les participants, de casser les paires qui ne se lâchent pas (les 2 copines, les 2 copains) voire parfois d’intégrer un·e enfant ressenti·e comme différent.e, et peu choisi·e. Ce jeu a des variantes, que je propose en général lors d’une autre séance.
La variante « Tex Avery »
Chez cet auteur de dessins animés, on voit un chat se cacher derrière une bouche d’incendie, le chien qui le poursuit se précipite vers la cachette, mais surprise ! Ce n’est pas un chat qui en sort mais un immense lynx, plus fort que lui ! Le chien devient alors celui qui est poursuivi. Quand le chien se réfugie à son tour, c’est un énorme loup qui sort de la cachette et poursuit le lynx ! Etc.

Il est préférable de commencer au ralenti. Quand un enfant se réfugie en s’accrochant au bras d’un enfant d’un duo, l’autre enfant du duo sort alors en poussant un cri, le poursuivant se retrouve alors devant un monstre plus gros que lui, et doit fuir.
Pour limiter la confusion et régler le jeu, je montre du doigt celui ou celle qui sort d’un duo en lui disant « Crie ! Crie, c’est toi le féroce maintenant ! »
Évidemment on assiste à des collisions, l’ancien poursuivant se jetant dans les bras du nouveau poursuivant, alors qu’il pensait atteindre le poursuivi… Les volte-face soudaines sont drôles, y compris avec des adultes.

4.4 Guider son aveugle : jeu d’intégration développant l’observation, le toucher, la confiance, la responsabilité… (de15 à 30 minutes)
Là aussi on se met par deux. Si le groupe est impair je demande au dernier enfant de rester avec moi pour m’aider.
Dans chaque paire un enfant se met devant l’autre et ferme les yeux. L’autre, le guide, ne doit pas lui parler mais le promener dans la pièce, grâce à un code. S’il pose ses mains sur les épaules de l’aveugle, celui-ci avance droit devant lui. S’il appuie, il marche plus vite.
Le plus important : s’il retire ses mains, c’est un stop immédiat ! (peut-être y a-t-il un mur, ou plus souvent d’autres enfants devant lui). J’aime parler de la « voiture aveugle ». Le conducteur doit d’abord vérifier que les freins marchent bien.
J’ajoute des consignes : une main sur l’épaule gauche, on tourne à gauche, sur la droite, on tourne à droite, sur la tête (ou dans le dos) on recule.
Après un essai fait par une paire, tout le monde va évoluer en même temps, lentement pour commencer. L’élève resté avec moi circule et m’aide à éviter les collisions.
On joue quelques minutes, puis toujours sans parler, on passe aussitôt à la réciproque : celui qui était aveugle devient le guide.
Les échanges verbaux viennent ensuite, d’abord brièvement par deux, puis en grand cercle. J’aime bien demander : qui préfère être guide ? Qui préfère être la voiture aveugle ?

J’ai parfois vu les enfants reprendre ce jeu dans la cour de récréation.

4.5 L’hypnose : jeu d’intégration (Environ 20 minutes).
Ce jeu est proche du précédent. Je ne propose donc pas les deux jeux dans la même séance.
Par deux, guider l’autre en plaçant ma main devant son visage, les bouts de mes doigts face à son front, la paume de ma main face à son menton. Mon partenaire maintient vingt centimètres de distance entre son visage et ma main. Je peux donc le faire reculer, avancer, lui faire pencher la tête, le faire se baisser, etc., le promener dans la salle. Bien sûr, on passera ensuite à la réciproque.

Je me souviens des rires quand une petite de CE2 m’avait fait ramper au sol !
Ce jeu, facile, je l’ai même pratiqué avec les spectateurs dans une salle de deux cents personnes.
Nombreuses variantes : guider deux personnes avec deux mains, se guider mutuellement… Donner un « sens » au guidage (je te guide pour…)

Là aussi, il arrive que les enfants jouent ensuite à « la main qui guide » au cours de leurs récréations.

5. Des techniques de théâtre image

Quelques techniques faciles à mettre en œuvre, sans formation spécifique au T.O. Ce que nous désignons par technique, est un enchaînement de plusieurs jeux ou exercices. Ci-dessous cinq techniques de théâtre image.

5.1 L’image du mot
Une technique très simple. (de 15 minutes à 1 h 30)
On s’installe en cercle. Je demande une liste d’émotions. J’annonce par exemple « joie » et je donne un clap sonore avec mes deux mains. (d’autres préfèrent une clochette). Au clap, tout le monde se retourne vers l’extérieur du cercle, pour sculpter rapidement avec son propre corps une statue de la joie. Puis chacun·e redevient neutre, se retourne vers le centre, et au clap suivant, tous montrent leur statue en même temps. Ontient l’image, mais en tournant les yeux à droite et à gauche, on essaie de regarder les autres.

Sans lâcher l’image, on essaie de se rapprocher des statues qui nous ressemblent, de s’éloigner de celles qui, non, finalement, ne nous ressemblent pas… Clap stop !
On obtient quelques « paquets de statues ». Nous allons projeter nos interprétations sur chaque paquet, en le considérant en entier, et pas sur chaque statue isolément.

Toutes les projections sont acceptées. Les statues ne répondent pas, ne se corrigent pas. J’en profite pour préciser qu’au théâtre c’est ce que les spectateurs voient qui compte ! Pas ce que les acteurs voulaient montrer.
On entend par exemple: « On dirait qu’ils sont joyeux parce que c’est bientôt Noël », ou « Parce que l’équipe de France a gagné » ou « Non, il sont pas trop joyeux !», « Ils font semblant car ils ont entendu une nouvelle qui ne leur plaît pas », etc.

On continue plus ou moins longtemps avec d’autres émotions, suivant les besoins et l’énergie du groupe.

Une variante :
S’installer face à celui ou celle qui ne me ressemble pas mais que je complète ! On donne ensuite la parole aux acteurs tout en leur demandant de tenir l’image. On peut voir apparaître des personnages qui leur tiennent à cœur et dont ils reparleront plus tard.

Me reviennent en mémoire des remarques qui avaient permis la création d’une scène sur les supposées « préférées » de l’enseignant : « Toi, tu fais des faux sourires pour que le maître t’aime bien », « Toi tu fais semblant… ». Les garçons avaient ensuite mis en scène les artifices utilisés par les filles pour faire sourire l’enseignant : jupes qui volent, tresses qui dansent. Bien sûr, j’avais ensuite proposé aux filles de montrer à leur tour comment les garçons « friment » ou « s’y croient ».

Tout cela est affaire d’intuition. Si je perçois que des thèmes commencent à apparaître, je favorise leur expression.

5.2 Le marché aux statues Jeu d’image simple, avec projections (de 15 mn à 1 h).
Ce jeu, plaisant en soi, est une bonne préparation aux différentes techniques de théâtre image. Je peux le proposer lors de la première ou seconde séance.
Avec un enfant volontaire, je montre comment je sculpte une statue, en commentant mes gestes : « Disons que tu es en pâte à modeler. Je vais te modeler, tu te laisses faire, sans essayer de deviner ce que je veux produire comme forme. Si je te prends un coude et le lève, ton bras suit, forcément. Je vais doucement, car cette pâte à modeler est très précieuse ! Ne va pas plus haut, laisse moi faire, n’essaie pas de devancer mes intentions. Maintenant si je lâche la pâte à modeler, tu restes dans cette position. Je peux aussi te pencher, te mettre un genou en terre, modifier de nouveau ton bras, tes doigts… » Pour préciser le visage je ne le modèle pas, je me mets face à l’enfant, et lui demande de m’imiter comme un miroir. Je montre avec mes doigts dans quelle direction doit aller son regard.
Ensuite on forme deux lignes parallèles, les enfants de la ligne A vont sculpter ceux de la ligne B. Je précise qu’on fera ensuite la réciproque, et qu’il vaut mieux donner des positions que votre partenaire pourra tenir quelques minutes.

Puis les enfants de la ligne A regardent les statues de la ligne B. Chacun·e va maintenant déplacer sa propre statue, sans qu’elle change de forme, pour la mettre en relation avec au moins une ou deux autres statues. Pour ne pas avoir à les porter, nous considérerons que les statues peuvent marcher (mais sans déformer le reste du corps). Ensuite je demande : « Cette magnifique sculpture collective, pourrait-on la mettre sur un rond point ? ou dans la cour de l’école » ? (rires).
Suivant le temps dont on dispose, on peut défaire les regroupements de statues, en proposer d’autres, les spectateurs (pas les auteurs) donnent des noms aux œuvres.
Enfin je demande « Qui voudrait faire son  marché dans ce musée, en choisissant quelques statues pour représenter une scène ? » Les spectateurs donnent un titre au tableau réalisé. J’accepte de légères modifications sur certaines statues. On s’amuse quand on entend « On dirait une bagarre dans la cour » puis « Non, un match de foot » ou « C’est la fête »…

Il existe de nombreuses variantes :
-Créer des couples de statues, des trios, varier les regroupements…
-Proposer des titres, des thèmes que des volontaires réaliseront. Par exemple : « Qui pourrait faire la sortie de l’école ou un repas de famille avec ces statues » ?
-Inviter les spec-acteurs à venir tracer avec leur index, une bulle imaginaire (comme celles des bandes dessinées) devant la bouche d’une statue et énoncer à haute voix la phrase qui serait dans cette bulle, pour faire parler le personnage. L’enfant sculpté reste muet.
Remarques et conseils
Ne pas oublier de ménager des temps de repos, de relâchement, où les statues secouent leurs membres ! Surtout, penser à garder du temps pour faire la réciproque.
C’est aussi l’occasion d’apprendre à toucher les autres avec respect. Insister pour que le sculpteur touche vraiment l’autre, pas seulement l’effleurer. Demander que le sculpté laisse l’autre porter le poids de son bras ou de sa jambe. C’est au sculpteur de pousser vraiment, et de ne pas se contenter de faire des signes. Préciser que si un enfant ne souhaite pas être touché ni toucher, il en a tout à fait le droit. Il peut alors utiliser la technique du miroir. Cet exercice permet de s’entraîner à créer des images sur des situations que les enfants pourraient aborder.
Dans cet atelier une sculpture avait reçu le titre : « Une famille avant le repas ». Cela avait provoqué beaucoup de commentaires et suscité, à la séance suivante, un récit à propos de la répartition (injuste) des tâches entre garçons et filles.

5.3 Technique de l’image idéale
Nous partons d’une image fixe, si possible d’un « moment crucial ». On mémorise bien l’image, on l’appellera « l’image réelle ».

Puis chaque spect-acteur qui le désire pourra venir modifier un ou deux personnages, en les sculptant pendant trois ou quatre secondes pour améliorer la situation. Les enfants se succèdent, font et défont les changements proposés, jusqu’à ce qu’on arrive à une image qui fasse consensus. On l’appellera « l’image idéale » de notre groupe.

Ensuite, pour tenter de comprendre ce qui empêche l’idéal d’exister, on reprend « l’image réelle » et à chaque clap de l’animateur (toutes les 2 secondes par exemple) chaque personnage fait un seul mouvement (pas deux !) vers l’image idéale, jusqu’à ce qu’on y parvienne. Puis, on reprend « l’image réelle » et cette fois, clap par clap, chaque personnage fait un mouvement, mais… dans le sens de la volonté de son propre personnage. Ainsi l’opprimé·e et ses éventuels alliés font un geste vers l‘image idéale, tandis que d’autres font un geste vers l’image réelle qu’ils veulent maintenir.

De temps à autre, le joker interrompt brièvement la succession des claps pour que chaque acteur puisse voir où en sont les autres personnages.

La discussion qui suit tournera autour des difficultés rencontrées pour modifier l’image réelle et, par extension, provoquera une réflexion sur les résistances au changement, leurs raisons, dans notre environnement réel.

5.4 Les récits directs (sans théâtre image préalable)
Il est tentant de procéder par récit direct quand on n’a pas de formation spécifique au théâtre de l’opprimé. Au fur et à mesure des jeux, exercices et improvisations, des thèmes surgissent. Je les énonce et les note au tableau. Par exemple :
– La maîtresse n’a jamais le temps pour moi.
– Dans la rue on me traite de « sale étranger·e ».
– Pourquoi les adultes (ou les grands frères) ont-ils toujours raison ?
– Personne ne veut jouer avec moi.
– Pourquoi j’ai pas le droit de jouer à la console ? (ou regarder la télé, etc.).
– Pourquoi doit-on toujours obéir aux adultes même si…

Ce genre de liste peut susciter des « récits directs » de situations vécues.

Le passage du récit direct à la mise en scène :
L’auteur·e (aussi nommé l’apporteur·e d’histoire) choisit trois enfants ou plus qui veulent bien jouer avec lui ou elle. On obtient trois ou quatre groupes. L’auteur·e sera metteur·e en scène. C’est lui ou elle qui raconte, puis propose la distribution. En quinze minutes environ, (ne pas passer trop de temps à discuter), chaque groupe prépare sa scène, en l’improvisant. Deux obligations :
1) L’auteur·e jouera soit son propre rôle, soit le rôle de principal·e antagoniste.
2) Dans ton récit tu n’inventes rien, tu n’utilises pas les termes « en général » ou « parfois » mais tu parles de « cette fois-là ». Par contre, dans l’improvisation, chacun pourra colorer son personnage suivant son ‘inspiration.
Chaque petit groupe joue devant les autres, je tiens à ce que toutes les histoires soient jouées avant la fin de la séance. Je fais applaudir toutes les improvisations, et demande à l’auteur·e ses réactions, puis je m’adresse au reste du groupe : « Voyez-vous quelque chose d’injuste ? », « Connaissez-vous ce genre de problème ? »

6. Réflexions générales

6.1 Le cadre institutionnel que j’estime nécessaire :
La garantie d’une parole libre, non surveillée, des enfants volontaires et bien sûr… une école ou une classe où la parole des enfants sera au minimum entendue et, je l’espère, discutée.

Nota : instituteur à mi-temps, j’ai une fois refusé d’intervenir en TO dans une école où la commande était « Faites-les s’exprimer, on ne les tient plus, ça leur fera du bien de se défouler ». Je savais que les propositions des enfants n’auraient pas beaucoup de chance d’être entendues. Or, s’exprimer ne suffit pas, si cette expression n’est pas prise en compte, si des réponses (négatives ou positives) ne sont pas apportées. Cela reste vrai pour des citoyens adultes !

6.2 Les effets des ateliers de théâtre de l’opprimé

Il arrive que l’institution accepte de changer certaines pratiques, comme l’école Viala qui avait réparti autrement les rôles des adultes.

Au sein du groupe, on ressent les bienfaits de ce travail en coopération. On s’intéresse aux récits des autres, on en repère les ressemblances et les différences, on passe du je au nous, en se reconnaissant dans les problèmes rencontrés par les autres. On passe du je au nous, on réalise qu’on a besoin des autres pour jouer sa propre histoire. Ils vont m’aider à construire ma scène, et donc ma réflexion.
Une intelligence collective se développe au sein du groupe, et avec l’ensemble du public.

Les membres du groupe ont la fierté d’avoir joué en public, d’être reconnus, ils ont acquis plus de confiance en eux, d’empowerment comme disent certains.
Mais le plus important, je pense: devant un problème, une injustice, une incompréhension, les participant·es ont appris à faire forum soit dans leur tête, soit en parlant avec d’autres. Ils, elles se sont entraîné·es à réfléchir à des alternatives, à plusieurs attitudes possibles.

6.3 Théâtre de l’opprimé et théâtre libre.
Vous avez sans doute fait des comparaisons en lisant ce texte. Personnellement je dirais que le T.O. met en œuvre, à côté des improvisations spontanées, des techniques précises avec un déroulement et un joker qui donne des consignes. Mais est-ce si différent ? L’enfant reste maître de ce qu’il produit, c’est pour moi l’important.

Chez Freinet, le  texte libre par exemple, est suivi en aval d’une procédure de correction ou de mise au point collective, d’une méthode de choix des textes à publier puis d’une technique de publication.
Au TO, l’improvisation elle-même est souvent préparée par des techniques en amont de la création, et suivie d’autres techniques en aval. Ces techniques en amont notamment le théâtre-image, aident à l’ancrage dans le réel, la mise en lumière des volontés et des injustices.

6.4 Utilité du T.O.
Le théâtre de l’opprimé ne cherche pas à remplacer d’autres formes de théâtre, la méthode met l’opprimé·e au centre, elle est adaptée à une réflexion collective et active sur les injustices et sur nos souhaits.
Le théâtre de l’opprimé est fait pour repérer des injustices, émettre des souhaits, essayer d’imaginer l’idéal, et chercher ensuite comment s’en rapprocher.

J’ai constaté que le T.O. permet aussi de réfléchir aux relations au sein même de la classe, notamment à la « place du maître ». Personnellement j’ai pu aussi découvrir des facettes de ma personnalité dont j’étais peu conscient, j’ai ressenti comment les enfants interprétaient certaines de mes attitudes, quand ils m’ont sculpté en théâtre image ou ont joué « le maître » dans des scènes de classe.

Je pense que le plus important, c’est d’avoir appris à faire forum : les participant·es, face à un problème, une injustice, une incompréhension, peuvent maintenant faire forum parfois simplement dans leurs têtes, parfois en échangeant avec d’autres, parfois en agissant. Ils et elles se sont entraîné·es à réfléchir à des alternatives, savent que plusieurs attitudes sont possibles.

Ils ont fait un pas vers l’abandon de la fatalité, un pas vers l’action citoyenne.

RÉFÉRENCES
Les jeux, exercices, et techniques dont je parle m’ont été appris par le mouvement d’Augusto Boal, notamment dans son centre de Paris dont j’ai été 12 ans sociétaire.

Homme de théâtre et militant politique brésilien, il a été emprisonné pendant la dictature militaire ; fondateur du Théâtre de l’Opprimé, honoré par l’UNESCO, il est décédé en 2019 laissant un mouvement mondial. Il a notamment écrit : Jeux pour acteurs et non acteurs et Le théâtre de l’Opprimé aux éditions La Découverte. Il existe aussi une sélection illustrée de jeux et techniques, à commander à : silasada@lilo.org

En 2022 le site www.reseau-to.fr rassemble une trentaine de groupes qui pratiquent la méthode du T.O. en France. On y trouve notamment « où se former » au théâtre image, au théâtre forum, au rôle de joker, et bien sûr : qui contacter et « où voir un théâtre forum ».

.Pour toute question, ou pour obtenir un coup de main ponctuel dans votre classe, n’hésitez à me joindre. Tel : 06 85 54 99 68. ou jf.martel@orange.fr Et bien sûr, vos remarques m’intéressent ! Jean-François Martel

Voyage dans le réseau: injustices à l’école

THEATRE FORUM « INJUSTICES A L’ECOLE » par un groupe d’enfants de 9 à 12 ans.

Le 27 février 2025, au théâtre CONCORDE, place de la CONCORDE à deux pas du fastueux Hôtel CRILLON, jouaient des enfants venus du 11ème arrondissement !
Joker : Jules (Cie Naje). Notes de JF et en italique les commentaires et réponses de Jules. J’ai moi-même longtemps travaillé avec des enfants en TO, et je ne regrette pas d’avoir fait un AR de TGV depuis Lille !
Une douzaine d’enfants avec leur éducatrice Léa, venus d’un centre social du 11ème arrondissement.
Le joker semblait tendu au début, pourtant l’ambiance était tranquille ?

Jules « Oui un peu tendu, fatigué, on avait eu non pas 10 séances de 2h, mais seulement 7 séances !Et puis l’accueil du théâtre n’a pas été très humain… »
J’ai noté environ 14 remplacements. J’ai trouvé les enfants concentrés, calmes, souriants, et en gros, ne parlant pas en même temps sur scène. J’ai pris des notes sur un petit carnet, puis, mes stylos disparus, sur mon tél (mais moins bien!)
Ce soir, veille du Ramadan, ils sont présents sur place depuis 15h, avec une courte pause pour le casse-croûte, mangé tranquillement sur les fauteuils du théâtre. Léa, très présente retire une boite de red bull de la main d’une petite: « hors de question, tu ne bois pas ça à ton âge ». La jeune accepte. Puis « allez aux toilettes, ensuite assis sur la moquette dans les coulisses, en silence, jusqu’au spectacle ».
Jules « Léa a été parfaite pour moi dans la gestion du groupe, elle a cadré tout ce qui se passait en coulisses pendant la séance, ce qui a fluidifié complètement le spectacle,merci Léa ! »

19h. Le joker arrive, avec les enfants. Grand silence dans la salle ! Il explique les choses  à la quarantaine de spectateurs venus du 11ème : des mamans, quatre hommes, des enfants et trois ami·es de Naje. « Il s’agit d’histoires vraies, de scènes avec lesquelles on n’est pas d’accord, scènes qui finissent mal. Vous allez pouvoir remplacer un personnage avec qui vous vous sentez en solidarité, et improviser avec les autres acteurs, (qui vont peut-être vous mettre des bâtons dans les roues!) C’est important de venir sur scène, plutôt que de dire depuis sa place -y’a qu’à, faut que- Il n’y pas d’obligation à réussir, bien sûr ! On est là pour s’entraîner. Venez jouer un personnage proche de ce que vous êtes réellement : enfant, parent, animateur.

HISTOIRE N°1 en récréation Propos et comportement raciste d’un élève.
Il termine par: « les noirs, retournez en Afrique, cueillir mon coton, vous êtes mes esclaves! »
R1 « je veux aller en parler à maman, après l’école ». Comme il n’y a pas de maman dans l’histoire, le joker demande qui peut venir jouer la maman.
…..
R3« Madame, vous surveillez la cour, alors pourquoi vous dites rien en entendant ça ? Le racisme c’est pas bien » !
La (très) jeune actrice qui joue la prof ne sait pas trop quoi répondre.
R4: une toute petite qui a du mal à s’exprimer, mais son visage montre bien sa réprobation.
Remarque perso :l’élève qui tient des propos racistes est joué par un enfant racisé, pourquoi ?
Jules : cet enfant jouait son oppresseur, j’ai appliqué cette règle au maximum. Mais j’ai oublié de préciser qu’il n’était pas noir [en réalité il était arabe !]

HISTOIRE N°2: En récréation une fille exclue du groupe d’enfants.
Elle revient des toilettes, le groupe qui bavardait se tait et lui dit :« bon, tu peux  partir ? Pars ! Nous,on parle » Elle part.
Remarque : la scène de l’exclusion est très courte, la petite n’a pas le temps de  nous montrer ce qu’elle ressent. Pourtant la salle réagit à partir des paroles, même si l’image n’est pas là !
R1: c’est une mamie qui vient et qui dit « disons que j’ai 10 ans » Elle va chercher la prof, qui demande ce qui se passe. je remarque que cette fois, les élèves répondent.
Jules : « C’était Irène de la LDH, partenaire de l’atelier avec Françoise (elles ont participé à tout l’atelier) elles étaient en soutien pour le forum si le public était timide. Les enfants ont donc été à l’aise sur scène avec elle. J’ai juste dit au public qu’elle devait jouer comme une enfant ».
R2: un grand ado vient remplacer la petite exclue.
Je remarque que les acteurs commencent à mettre leur main en visière, ils sont éblouis par les projos et ne voient pas la salle. Jules : « En fait on ne voyait rien ! J’avais demandé au technicien de nous allumer la salle, mais… il n’est pas venu le faire ».

HISTOIRE N°3. CM2 distributionde bonbons.
M (unmaghrébin) n’en a pas : la prof l’envoie se servir… dans un sac vide !
Remarque: là aussi, ça va très vite, et on ne voit pas trop ce que ça lui fait, il manque la « somatisation ». Pourtant, les spectateurs ont bien compris le texte. Jules «plusde travail théâtral aurait été utile, mais j’ai dû faire avec l’urgence ».
 R1: une  grande fille à la peau blanche : «J’ai pas eu de bonbon parce que je suis noire » !
Remarque : c’est très sympa, cette solidarité, mais elle aurait pu s’ajouter, et donc rester « blanche » et dire: « il a pas de bonbon parce qu’il est noir» Jules : « elle a fait ce qu’elle voulait, selon sa propre compréhension de la règle ».
R2: une petite de 9 ans parle au prof: c ‘est pas juste, d’autres ont un bonbon avec la même note !
R3 : de nouveau Irène remplace une élève et s’adresse à toute la classe.
« il a pas eu de bonbon, c’est pas juste » ! Elle est soutenue par le reste de la classe,qui parle, cette fois encore, chacun son tour. 
Remarque: le prof raciste est joué par un enfant racisé. ça me questionne, mais il est clair que la salle a bien compris la transposition. Jules  «J’ai dû composer avec la répartition des rôles, les envies de chacun, et leurs capacités à faire forum avec peu de préparation, de plus, ils jouaient en général leur oppresseur. ».  

HISTOIRE 4 une déléguée, au collège. La prof punit une élève qui a toussé.
Scène devant le principal, avec la déléguée, l’élève, face au prof qui prétend qu’elle a toussé volontairement pour gêner. Je note que le principal n’intervient pas, mais sa présence est utile, pour ritualiser la situation. 
R1: remplace la déléguée, argumente, parle au principal, (maisla prof essaie de parler à sa place)
La déléguée accuse aussi la prof de n’avoir pas donné la parole à un élève qui levait la main pour poser une  question. Elle propose à l’élève d’en parler aux parents.  Jules « On souhaitait que le spectateur doivent déclencher lui-même le rapport à l’autorité. On voulait montrer que la prof avait court-circuité la fonction de ladéléguée et lamenaçait.
Les adultes joués sur scène ne facilitaient pas la tâche des enfants en effet ! Car il revenait souvent dans l’atelier que les adultes parlaient beaucoup des « droits des enfants de démocratie » mais qu’en réalité ne les écoutaient que très rarement».
…..
HISTOIRE N°5 : au CM1, « le trafic d’argent » 
Enrentrant de récré, une petite apporte à la prof une pièce de 10 centimes trouvée dans la cour. Prof :« tu fais du trafic d’argent ! c’est interdit » Remarque : ça vaudrait le coup de jouer ce que ça fait à cette enfant d’être accusée de trafic ! Jules : « d’accord ! Mais vu le manque de temps j’ai mis la priorité sur la préparation de l’oppresseure de 9 ans plutôt que sur l’opprimée ».
R1: Ok, on n’a pas le droit d’avoir de l’argent en classe, mais si ma mère me donne de l’argent pour des courses après l’école ? Prof : « Non, et non, interdit, interdit ! »
R2:Je (JF) demande à jouer un collègue de la prof, (jouée par une enfant de 9ans). «j’ai entendu parler de cette affaire de pièce, c’est déjà arrivé dans ma classe, on avait pris la décision collective de garder la pièce pour la coopérative scolaire ».
La prof reste inflexible : « pas de trafic, elle n’avait qu’à se taire et garder la pièce » !
…..
HISTOIRE 6. En classe de mer: le colis pas hallal.
Le joker précise que l’actrice, à la peau noire, joue un personnage… blanc ! Un colis d’un parent arrive: des bonbons pour tous !  Mais…pas hallal. Le débat entre enfants et la prof est intéressant : 
-ici c’est laïc
-avec la religion on peut pas manger ça
-tu critiques ma religion ? c’est interdit par la loi !
-ma mère dit que les musulmans sont (ceci cela… et pire). 
R1:Un ado à la peau noire vient réclamer du respect envers sa religion. « On a le droit de pratiquer celle qu’on veut dans un pays laïc » ».
Jules : »ça a donné lieu à la question d’une des petites de la scène:
«c’est quoi la laïcité ?» question à laquelle nous avons répondu collectivement.
R2: une petite de 8 ans dit juste :«c’est un péché». 
la prof raciste ironise :
-les chrétiens c’est les plus forts, les juifs sont moches, comme vous, les musulmans.
-quoi ? Toi, t’es pure ? 
-si t’es pure, comme les autres musulmans,pourquoi vous vous lavez ? 

HISTOIRE7 au collège. La prof s’en prend à deux élèves raciséesqui dorment.
«Si vousêtres pas contentes,
allez faire des brick (briques ?) en Afrique (ambigu: est-ce une référence au plat ou au matériau de construction? Jules : « on avait eu un débat de compréhension autour des deux clichés fantasmés possibles, racistes de toute façon ».
R1: Si je m’endors c’est que je suis malade, madame.
prof: moi aussi je suis malade, je suis malade de vous ! 
-qui vous dit que je fais le ramadan (et donc que je mange des bricks le soir) ?
-ça vous plairait, madame, que je dise ça sur vous? Je vais en parler à ma mère
prof:
-moi je vais le dire à ma grand mère ! (rires dans la salle) 
– vous savez pas comment je vis,madame,mais vous êtes raciste ! 
R2: je m’excuse de m’être endormi, mais vous, madame, excusez-vous de me parler comme ça.
(le ton est très calme). J’ai jamais mangé de brick (les autres élèves soutiennent) 
Jules « lá j’ai bien observé que nos acteur.ice.s , malgré le manque de préparation, s’étaient révélé·es très actifs pour demander à la prof d’exprimer sa vraie pensée, ce qui semblait leur paraître impossible dans la réalité sans risquer de subir plus de conséquences négatives que de justice » .
Une élève ajoute :
-Madame, oui il y a des immigrés en France, mais n’oubliez pas que des Français sont venus chez nous, bien avant !
R3: au moment où la prof ramasse les devoirs, une des filles racisées ne le trouve pas, ne l’a pas, et finalement avoue :« je l’ai pas fait. »
Prof : « pas fait ? tu te moques de moi ? Tu te prends pour qui ?  Après ça ta maman va venir, et elle va me dire que j’ai des chouchous. Sors, sors de la classe » !
R4 :Une fille vient jouer le rôle de la mère de l’élève virée. 
-Non, elle est pas feignante, elle a pas eu le temps de faire le devoir, mais elle veut apprendre.

FIN et applaudissements nourris.

J’ai globalement noté que tous les enfants étaient calmes, souriants, et ne bougeaient pas inutilement sur scène. Amicalement et bravo ! JF

questions et remarques bienvenues:
JF 06 85 54 99 68 jf.martel@orange.fr
Jules jules_choisnel@hotmail.fr

Nous avons perdu Jacqueline

Jacqueline Martin, notre grande dame humaniste, révoltée, aux cheveux rouges, au grand sourire et au poing levé, menait le théâtre du Potimarron avec Jean-Mi, à Strasbourg. Elle nous a quittés le 3 mars 2025, à 83 ans.

Samedi 8 mars, une cérémonie du souvenir a réuni 150 personnes, pour deux heures de témoignages, de chants qu’elle aimait : bella ciao, l’hymne des femmes, Bob Dylan : blowing in the wind, la révolution permanente, donne moi l’asile (composé par Jean-Mi) de flûte, de guitare et de piano, de poèmes, devant un cercueil complètement décoré par ses filles: Bénédicte et Laura, ezt leurs enfants, devant le cercueil des photos de héros de la résistance, le tableau du chant des partisans… et au-dessus un carroussel de photos.

Fabienne et JF, présents à Strasbourg, ont lu les témoignages de Fabienne, Nicole, Noémie, JF. Ci-dessous ces 4 textes (2 pages et demie). Des photos suivront.

De Fabienne :
« Continuer sa conversation intérieure avec un inconnu ».
Je t’ai entendu dire cela tant de fois, et je t’ai vu le faire surtout.

ça te donnait un coté un peu fou, cette volonté de vouloir partager avec tout être humain. 
Avec toi, on comprenait ce qu’est l’humanisme. Tu étais l’humanisme. 

Tu avais une foi inébranlable en la nécessité d’agir pour emmener le monde vers la vie,
pour lutter contre les dominations, l’oppression. Tu as mis toute ta vie et toute ton énergie au service de cette lutte. Mais toujours dans une forme de  lutte généreuse, affectueuse.
Tu as toujours été  l’incarnation de la générosité. 

Il y a plus de 30 ans, nous avons commencé par construire un spectacle de théâtre forum ensemble. Puis nous l’avons fait chaque année avec Jean Mi.

Long compagnonnage, co-écriture, co-mise en scène, discussion permanente sur nos vies,
nos soucis, nos peines, nos joies, la politique, l’actualité, le monde.
Nous nous sommes beaucoup aimées nous nous sommes beaucoup donné l’une l’autre,
beaucoup soutenues dans les moments difficiles.
Une belle et longue amitié d’une vie entière.  

Je me souviens de la dernière fois que vous êtes venus en camion, dans le Cantal chez ma mère, en été : cette discussion ininterrompue, qui cesse au moment d’aller se coucher, mais et reprend dès le petit déjeuner ! Et tes chansons, et la joie que tu mettais à les chanter pour notre petit auditoire.

Je garderai ces moments au chaud dans mon cœur pour te garder vivante en moi.
Tant que je ne t’oublie pas, tu continues à m’accompagner. 
Fabienne Brugel

De Nicole :
Je pense d’abord à toi, Jean-Mi, de tout mon cœur.
Et voilà ce qui me vient quand je pense à Jacqueline :

Amour de TOUT, sauf de l’injustice.

Amour des gens, amour de tous, sauf des injustes.

Joie devant tout, sauf l’indifférence.
Joie encore devant la lutte.
Et même colère, la grande et belle colère
qui prend la forme du chant, l’allure de la danse.

Révolution permanente. Espérance intarissable.

Un tel feu dans l’âme – est-ce possible ?

Pourquoi t’en vas-tu, Jacqueline, juste avant le printemps ?

Peut-être dirais-tu :
« pour que vous regardiez les fleurs, la lumière, tout ce qui est renaissant ! »

Par les temps qui courent, il vaudra mieux penser très souvent à Jacqueline…

Jacqueline,

qui danse et chante cette fois avec les étoiles.

Et … ce qui ne m’étonnerait pas : sans doute encore avec le poing levé.

Nicole Charpail

De Noémie :
Jacqueline et Jean-Mi, quand je les vois, j’ai toujours le sourir
Ils sont beaux tous les deux.
Ils sont touchants parce que pleins de vie… à leur âge !

Jacqueline, encore pleine de désir, de joie, de lutte, d’énergie, de vitalité.
C’est dur de l’imaginer ne plus être…
Jacqueline, c’est ce qu’on appelle un personnage :
Elle existe au delà d’elle, donc elle existera toujours. 

Je les imagine trop bien, débarquer dans les collèges avec leurs dégaines !
Les mini shorts de Jacqueline, ses cheveux rouges et les costumes chics et colorés
de Jean Mi, avec ses cheveux en bataille !
Leur côté décalé et en même temps tellement là !
Tellement juste dans ce qu’ils font et surtout pourquoi ils le font.

Jacqueline qui prend la parole haut et fort pour faire entendre ce qu’elle a à dire, nous chante la lutte lors des rassemblements du réseau TO. 

J’ai vraiment envie de la remercier d’exister, c’est con de le faire alors qu’elle n’est plus là… Merci de donner à voir une vie dévouée à à la revendication, à la lutte collective contre les oppressions, au théâtre de l’opprimé,

Moi, (qui suit beaucoup plus jeune) je lui dis merci de donner à voir autant d’énergie à un âge bien avancé. Jacqueline m’aura montré qu’il n’y a pas d’âge, voir qu’il n’y a pas de finitude !
Noémie Dumont.

De Jean-François

Chère Jacqueline, et cher Jean-Mi, on se connait par le TO depuis presque 30 ans…
Jacqueline, nous nous retrouvons pour te célébrer, ce 8 mars 25, journée de lutte pour les droits… des humaines !

Je n’oublie pas votre place déterminante dans la création du réseau TO :
Il y eut les festivals de TO « rencontres nord sud », à Strasbourg, en 2010, 2012, où vous y aviez invité des théâtres forums, vous aviez joué les vôtres, reçu les groupes:  Alternative théâtre de Liège, TOP de Lille, Naje bien sûr, Kadou Yarax du Sénégal, le groupe de TO des sans papiers de Lille… Logé toutes ces équipes !

Au cours de ces festivals, l’envie de se retrouver plus souvent entre groupes TO a mûri.
Si bien que le 2 déc 2013 à Lille, après un stage de Sanjoy et Sima de Jana sanskriti, vous étiez, avec le groupe du Potimarron à la rencontre « vers un réseau TO » puis à la plupart des rencontres suivantes, tous les 6 mois.

Tu n’as jamais raté une occasion de chanter, des chants révolutionnaires, féministes !

Alors, pas besoin de vous prier pour avoir un concert  » voix et guitare  dans ces rencontres : voix forte bien sûr, et poing levé évidemment !
Quelle force vous dégagiez  tous les deux.
Je me souviens aussi du théâtre forum « nos malades se portent bien » que Jacqueline avait créé avec des malades du cancer. Fallait oser ! Jacqueline osait.

Avec ma compagne Claire, venus une semaine nous reposer chez vous, on était évidemment allés voir un théâtre forum que le Potimarron jouait dans un village, avec toi comme jokère flamboyante ! .. Et le souvenir épique d’un retour automobile mouvementé, chaotique, (comme vous avez toujours su en créer,me dit-on )!!

De rencontres en rencontres du Réseau TO, vous remettiez sur la table la nécessité de créer ensemble des spectacles pour lutter contre l’extrême droite. Sans succès alors.

Mais voilà qu’en 2025 le groupe Naje fait un chantier national sur ce thème avec des gens venus de toute la France. Ah  !!! ça t’aurait plu, ça, Jacqueline.

Tu aimais les gens, Jacqueline. Tu n’avais pas ta langue dans ta poche quand des débats contradictoires surgissaient, mais toujours, à côté de ta voix passionnée, un grand sourire !

Ton image reste dans mon coeur et dans les coeurs de ceux qui t’ont connue, connue un peu, connue beaucoup:
Une femme libre, qui se joue de son âge, toujours combative, dans la joie et l’enthousiasme. « On est toujours le soleil de quelqu’un, mais on ne le sait pas toujours ».
Merci Jacqueline. Et… j’espère que tu sais que nous continuons le combat !
Jean-François Martel

Rencontre N°20 TOULOUSE

Rencontre Nationale du Réseau TO N°20. 9 et 10 nov 24, Verfeil, organisée par TOT
THEME PRINCIPAL : LA VIOLENCE. Ci-dessous UN EXTRAIT : 5 pages

Extrait réalisé par JF. jf.martel@orange.fr. Le compte-rendu intégral (21 pages) est l’oeuvre de Pierre lenelfr@yahoo.fr (Naje) qui a rassemblé différentes prises de notes.

PLAN du TEXTE
A) ex. préparatoires et récits de situations violentes dans nos pratiques : page 1
B) scènes créées et jouées page 2
C) repères théoriques / violence page 3
D) jeux et exercices page 4
E) lutte locale contre l’A69 page 5
F) Qui était là ? Bilan du week-end, prochaines rencontres page 5

A) LA VIOLENCE exercices préparatoires
1) « la violence, c’est… »
-En binôme : sculpter la violence, par la méthode des statues.
2) En cercle, prendre la parole en allant au centre : « la violence (ou la non violence) c’est … » ceux qui se retrouvent (plus ou moins) dans l’affirmation, se rapprochent + ou – du centre. .
3) brainstorming en 4 sous-groupes, préparation au débat mouvant. 4) débats mouvants : « Le TO exclut la violence »et « Nous sommes toustes violent·es

A’) LA VIOLENCE Récits de violences rencontrées dans nos pratiques
Un forum dans un Centre social
dans un quartier « sensible ». L’installation se vit déjà dans une ambiance hostile. Pendat le forum, un groupe de jeunes menacent verbalement, le joker les invitent à venir tous sur scène pour nous montrer en image, comment la scène serait, aprés leur passage où ils « casseraient tout » « Modelez les comédiens ! » Bien poliment, ils couchèrent les acteurs au sol ! Le joker demande alors : « et le décor ? « oh ! On peut ? »Note importante : nous avions fait un travail d’image et de sculpture avant le forum.
En CAT (ESAT) TO avec les résidents. Les participants ont raconté leurs difficultés dans et face à l’institution : douches cassées, interdiction d’avoir des invités, intrusion dans les chambres. Un jeune a été déclaré « obsédé des douches » dans la scène il disait « c’est parce que je suis malade et obsédé que les douches sont cassées ». Un gros scandale a eu lieu accusant chacun·e de tout.
Dans un forum sur le SIDA un personnage dit : « c’est ta faute si tu l’as, tu l’as mérité ». Personne ne bouge dans la salle. Le Joker questionne le public, pas de réponse. Le joker prend position.
Dans un forum sur la lesbophobie, un spectateur monte sur scène et tient des propos violents. Le joker rappelle la comédienne sur scène pour la faire réagir face à celui qui la remplace.
En groupe, des récits durs : migrant tabassé à la frontière, un albanais torturé en prison
impossible de monter un forum, mais j’ai créé un lieu d’écoute pour les personnes qui souhaitent raconter… et pour celles qui sont OK pour écouter ; en espérant que ça pouvait aider…
Sur les violences sexuelles : que peut-on montrer ? Ne pas invisibiliser, mais pour montrer ce qui doit l’être, trouver des techniques : par exemple des images qui bougent lentement mais ne vont pas jusqu’au toucher, des scènes qui montrent le « avant » et le « après »… Dire : « c’est passé et on ne peut pas y revenir, mais  qu’est-ce que tu voudrais après » ? Utiliser « l’image du futur qu’on craint ou qu’on espère »

B) VIOLENCE : DEUX SCENES CREES à partir de situations vécues
scène 1 :
la violence par négation de notre action.
Réunion à la préfecture pour préparer un colloque sur les violences intra familiales.
Les représentant.es des associations de lutte contre ces violences : Planning Familial, aide sociale à l’enfance (ASE), déléguée au droit des femmes, procureur de la République.
Procureur : « La prévention, c’est bien mais vous avez très peu d’impact. La punition, c’est mieux que la prévention ». « Moi, je lutte concrètement ». F
Le groupe voulait montrer cette scène , mais ne souhaitait pas faire forum.

Scène 2 : lorsque la violence traverse nos pratiques.
C’est le spectacle de théâtre forum de fin d’année sur les histoires des participant·es.
Acte 1 : deux heures avant le spectacle, Odette (qui joue dans le forum) informe le groupe que sa fille adulte et sa petite fille seront présentes (avec des copines) pour la voir jouer. Odette privatise une petite partie de la salle pour accueillir sa famille.
Acte 2 : pendant le spectacle, la petite fille d’Odette, fait beaucoup de bruit. Un spectateur se plaint de « cette mère qui ne sait pas tenir son enfant ». La jokère demande à la fille d’Odette d’emmener la petite fille dans la cour. Un spectateur se plaint de cette mère qui ne sait pas tenir son enfant, de plus il la malmène quand elle quitte la salle.
Acte 3 : une semaine plus tard, bilan de fin d’année. Odette : « j’ai bien compris que mes petits-enfants faisaient du bruit. Vous m’avez gâché mon plaisir. Ça m’a fait violence. Je vais me remettre en question, mais j’espère que vous allez vous remettre en question ».

QUESTION AU PUBLIC : que faire ? On vous propose de remplacer la jokère !
R1 : la petite s’agite, arrêter le spectacle, questionner, faire appel à l’intelligence collective.
R2 : avant le spectacle, rappeler que l’année dernière il y avait trop de bruit. Proposer de faire garder les enfants à une éducatrice.
R3 : faire un stop, et proposer à la petite-fille de venir sur scène sur scène, et de la confier aux genoux de sa grand-mère ! (et si d’autres enfants veulent aussi monter sur scène ? Et si Odette ne peut plus jouer son rôle?)
R4 : Pendant la séance de bilan de l’atelier, la semaine suivante. La jokère se remet en question et demande : quel travail de fond sur la solidarité pour la famille ? Confier ses enfants, ce n’est pas toujours simple.
R5,6,7 : Pendant la séance de bilan, chercher collectivement des solutions pour l’année prochaine, par exemple organiser la présence partielle des enfants ou même des familles, à certains moments des répétitions. (mais une femme du groupe dit : je supporte pas les enfants, ce sera moi ou eux!)
Débat : Qui opprime ? Quelles oppressions sont en jeu ?
– Est-ce la mamie, qui impose sa petite fille à des gens qui ont répété toute l’année ? La mamie n’est pas oppresseur, elle est le symptôme de l’oppression.- Est-ce le problème systémique sur le rôle assigné aux femmes (mère ou grand-mère) ?
– Est-ce le peu de place des enfants dans nos sociétés ? Dans certaines sociétés, les enfants sont associés au monde des adultes.
– Est-ce notre groupe de théâtre, car nous n’avons pas anticipé le besoin de certaines ?
– Les enfants peuvent ils avoir accès au monde des adultes ? Dans certaines sociétés, les enfants sont associés au monde des adultes.
Note 1 : Site <voyage dans le réseau, lire : « maltraitance des enfants » sur la place des enfants en TF.

C) VIOLENCE : REFLEXIONS ET DEFINITION
1) Article de Jack Halberstam, « Tu me fais violence » ( revue Vacarme, 2015/3)
Pourquoi Pierre a-t-il proposé ce texte ?
Parce qu’il faisait écho à un vécu lors d’un stage animé par NAJE où les animatrices se sont trouvées confrontées aux mêmes types de posture que ce qui est indiqué dans l’article.
Le point de vue situé remet une lecture politique et sociale sur un vécu.
Exemple : « cette parole fait violence à mon identité en tant que femme » est autre chose qu’un point de vue individuel (ex : tu me fais violence à moi).

Réflexions sur l’article.
Nous y lisons notamment le émoignage d’une personne qui vient du milieu queer : c’est un point de vue situé et critique de son milieu. Elle vient questionner le fait que dans le milieu queer, très politisé, il y a beaucoup de discussions qui viennent parasiter l’avancée de leur lutte, déplacer le problème. Ce qui fait écho dans nos pratiques : effectivement les mots ont un sens et c’est compliqué de choisir les mots qui ne font pas violence à quelqu’un.
Exemple : un bar nommé « travelo » qui est de la communauté queer par rapport à une personne utilisant le terme « travelo ».
Questions :
rapports entre vécu de violences individuelles /luttes systémiques
Comment faire commun ?
Priorisation des luttes pour éviter la dispersion ?
Repolitiser nos relations individuelles
Accepter les oints de vue situés, créer une charte (de respect).


2) Eléments de définition de la VIOLENCE, par Pierre Lenel
Il est important de bien nommer les choses: Violence / Domination / Oppression / Conflit / Agressivité.
Rappel : pour le TO, être opprimé·e : avoir la volonté de se dégager d’une oppression.
un·e opprimé·e ne l’est que si elle ou il a la volontéd’une action.
Le conflit résulte d’un désaccord entre deux personnes. La conflictualisation est nécessaire pour éviter que la violence ne se déploie. 
On peut définir ainsi la violence  :
-Force exercée par une personne ou un groupe sur une autre personne ou un autre groupe pour lui imposer quelque chose ;
-Droit civil : Contrainte illicite exercée sur quelqu’un pour obtenir quelque chose de cette personne avec son consentement ;
-Droit pénal : obtenir quelque chose sans le consentement.
Pour certains, la violence est liée à un instinct de survie, elle ne vise pas le plaisir, mais la conservation de sa vie.
Agressivité : il s’agit d’une demande, pas de volonté de détruire, mais une volonté de lien plus ou moins bien énoncée.

D) LES JEUX et EXERCICES
Deux exercices et réflexions sur le toucher.
3) Marilableu :
construire des images d’états concernant mon envie (ou pas) d’être touché·e maintenant. Trouver un binôme, en prenant contact par les yeux. On expérimente ensuite à deux comment on se sent à l’idée d’être touché·e.

4) Matthias : massage / danse Un·e ange gardien masse jusqu’à faire danser son partenaire puis inversion des rôles.
Débriefing et partage d’expériences et rapport au toucher dans nos pratiques :Quelques remarques :
A propos de la difficulté à être touché·e toucher :
peut-être faire d’abord le jeu de la main perdue, notamment l’étape du papillonnage avec les mains avant de se choisir.
-Pendant le covid on a inventé des alternatives au touché (bâton, etc.)
– Le consentement doit être révocable, enthousiaste, explicite et circonscrit dans le temps.
– la culture du contact est forte en TO, si bien qu’on ne la questionne pas.
– Idée de la « charte du toucher »? Ou d’un consensus à bâtir avec le groupe.

AUTRES JEUX: Pour choisir nos jeux : nous puisons au hasard dans une boîte un petit papier avec le titre d’un jeu et son ou sa joker·e. Les jeux bien connus ne sont pas relatés ci-dessous.

1) Le miroir d’Ariège, animé par Kaé (jeu de rythme et d’intégration) 1ère phase de jeu : en cercle, on lance un pelote de laine imaginaire à une personne qui sera celle qui nous observera et nous imitera par la suite. 2ème phase : ne pas chercher à bouger, laisser venir les micro-mouvements.Il n’y a pas de chef d’orchestre.

2) Le Kakacrabe. Attention : qui l’a animé ? (Le déroulement reste à préciser par cette personne)
Jeu d’intégration, c’est une variante du chifoumi, qui se joue par deux, main(s?) dans le dos.
Crabe : deux mains en forme de pinces de crabe
C’est moi qui mange : index tourné vers ma bouche
Caca : deux poings fermés
C’est toi qui manges : index tourné vers l’autre
Crabe contre crabe : match nul, Caca contre caca : match nul
Au bout de trois crabes ou cacas, la personne a gagné ou perdu.

E) UNE LUTTE LOCALE :
Nous avions invité Bernard, du collectif La Voix est Libre qui lutte contre l’A69, l’autoroute de 53km qui relierait Castres à Toulouse.
Bernard nous raconte leur lutte, d’abord contre les carrières qui préparaient le projet, puis son soutien concret aux « écureuils » perchés dan s les arbres pour empêcher leur abattage, leur volonté de créer des événements pour que l’opinion publique entende la situation, la démesure des moyens de répression (condamnée même par l’ONU).
« Il s’agit pour nous, d’apprendre à être dans l’espace public, de savoir parler du problème à nos amis et voisins, tout en assumant une relation amicale ».
Nous mettons ensuite en scène un groupe de joueurs de boules dont un essaie de convaincre les autres de venir manifester contre l’A69, et nous faisons forum.

NOTE 2 : après la rencontre de Verfeil, Mathias (TOT) a organisé avec Cathy (TOT) et Josefa (TSF) une journée de TO avec les opposants à l’A69. NOTE 3: le 27 février 25 le tribunal administratif de Toulouse a l’annulé l’autorisation du projet, gravement impactante pour l’environnement, qui avait été déclarée d’utilité publique en 2018 ! L’Etat fait appel de cette décision. C’est la 1ère fois qu’un projet d’autoroute est arrêté pour des raisons environnementales.

F) QUI ETAIT LA ?     BILAN du week-end,      RENCONTRES à venir
Qui était là ?
18 Participant·es, dont 14 du sud ouest, venu·es de 9 groupes.
Mathias, Cathy et Kassia, Toulouse (Cie TOT groupe associé)
Fatima et Pierre Paris (NAJEgroupe adhérent actif)
Audrey et Annie :Tarbes, (histoires d’eux histoires de nous, groupe associé)
YouYou et Mickael dit Kaë, Ariège.(Le cri des broutilles devenu depuis : Cie haute tension)
Jean-François dit JF, Lille (T’OP !groupe adhérent actif)
Marielle, Claire Julie d’Ariège et deToulouse (Cie l’Effet Inattendu)
Franck Orléans, (collectif du Pois Chiche)
Marilableu
Toulouse, (Cie Folies Passagèresgroupe adhérent actif)
Luc
, Toulouse, a participé à Ambata (Paris) il y a 20 ans !
Marie José dite Josefa, et Pierre, Toulouse. (groupe TSF)

BILAN
 Une personne s’avance au centre et annonce « j’ai aimé ceci cela du week-end ». Résumé :
Grande satisfaction sur l’ambiance, l’animation par TOT, le lieu et les conditions d’accueil. Bravo !

PROCHAINES RENCONTRES
– mieux définir qui fait quoi, la préparation, l’animation, l’accueil.
-Thème proposé : le consentement.
-Alterner les rencontres entre nord et sud de la France ?
-Pourquoi pas aller au Négral, un éco-hameau avec une salle adaptée en Aveyron ?
Nous actons la proposition du groupe de travail créé en avril:
Rencontre en Bretagne les 29/30 mars 25. Thème : réflexion sur le fonctionnement du réseau, mais nous y ajoutons une AG statutaire, et un moment d’analyse des pratiques.

NOTE 4  : par la suite un sondage sur le lieu de la rencontre a conduit le bureau à choisir Paris.


Texte mis au point le 1er mars 25. Les notes en italiques sont de JF.
Pour lire le CR complet (21 pages) établi par Pierre : voir son mail du 7 janvier à 12h08.
Commentaires, questions, compléments sont les bienvenus à : contact@reseau-to.fr

 

intervention collective concertée en théâtre forum

UN VOYAGE DANS LE RESEAU TO: Amiens, groupe Pas a passo.

Le 29 nov 2014, Bastien et Clàudia, m’accueillent à Amiens pour leur forum contre les VSS .
Jour faste : des « remplacements collectifs » ? Je suis curieux ! Et après leur TF, vite je vais à Paris pour le TF de Naje sur la maltraitance des enfants. (autre article). Journée de régal, donc ! 

Original et touchant : Ils commencent par expliquer d’où ils viennent en remerciant et nommant ceux qui les ont formés, au Brésil et en France. «Oui nous n’oublions pas d’où nous venons, et notre parcours au sein des divers groupes TO, c’est important,non » ? Me dira Bastien ensuite. Manière aussi de donner au public un aperçu du « mouvement TO ». 

Acteurs et actrices,  jokères, souriants, très à l’aise, créent une ambiance sympa. ,Sympa aussi les accessoires colorés,(très brésiliens !) accrochés à vue, sur une grille en fond de scène, ainsi que l’accompagnement musical assuré par Clàudia après la présentation. 

La présentation : menée à 2 avec gestes et souriresbrève et claire, insiste sur «remplaçons qui subit l’injustice, l’oppression», et «remplacez le personnage avec qui vous êtes d’accord ». Termes que je préfère à « remplacer les personnages en difficulté » phrase parfois entendue, mais phrase risquée, car les oppresseurs aussi, peuvent être « en difficulté » !

La scène de l’atelier de création de couture. Il y trône et virevolte un « créateur de génie » particulièrement sexiste, sûr de son pouvoir de séduction, et de son droit aux « bons mots » adressés à la jeune stagiaire. 
J’y ai noté l’utilisation d’un long ruban bleu (genre rubalise de scène de crime !) Ce ruban, qui entourait l’ensemble des acteurs à hauteur des hanches, se déforme donc en fonction des déplacements des personnages, il marque l’espace de travail dans l’atelier de mode : on est à l’intérieur ou à l’extérieur du ruban, et de l’atelier : l’espace devient extensible. 

Aprés le modèle : les débat par groupes d’environ 6 spectateurs.

Chaude ambiance, animée par les passages continus des jokers de groupe en groupe.
Il s’agit de discuter d’une stratégie d’intervention, et de venir ensuite à plusieurs sur scène pour la mettre en œuvre. 
Dans mon sous-groupe : 
– L’idée de remplacer collectivement l’opprimée a d’abord disparu, la tentation était de vouloir remplacer non seulement la stagiaire mais plutôt dire : « toi, tu remplaces la stagiaire, moi je remplace le macho, lui il remplace la directrice »…
– Autre difficulté : les langues diverses ! (Le public était un groupe de migrants en stage).
– Une ouvrière, dans le modèle, avait dit à la stagiaire, en parlant du macho «Oh, exagère pas, il est comme ça, c’est tout, et il t’a rien fait puisqu’il t’a ni touchée ni injuriée ».
Argument largement repris dans mon sous groupe.
Réflexion : peut-être utiliser davantage la somatisation, amplifier la souffrance ressentie par l’opprimée, pour bien montrer au public ce qu’elle vit. Souvenir : Notre amie Myriam de Rennes, se tordant de douleur au sol, à chaque fois qu’elle entendait « hé ! la gouine »

Intervention de mon sous-groupe dans le forum 
Il m’avait semblé ( ??) qu’on était enfin d’accord entre nous pour essayer de bloquer l’oppresseur sur le thème « tous les hommes ne sont pas comme toi, et toi, on va te calmer ». Mais une fois sur scène, le chaos, d’abord léger, s’est amplifié et on a eu du mal à tenir compte de ce que faisaient les autres.
Bastien m’avait dit : « C’est comme dans la réalité, on ne voit pas l’entièreté de la situation, les gens agissent en même temps et dans tous les sens » (ou s’en remettent à des leaders)… 
Puis, irruption sur scène de 4 ou 5 femmes d’un autre sous groupe !!! La stagiaire se trouve entourée de N et N ouvrières toutes prêtent à se mettre en grève sauvage ! Très réjouissant, on arrivait à une société avec 10 pour cent d’oppresseurs et…90 pour cent de gens décidés à agir ! (stimulant, mais quand même loin des réalités qu’on rencontre). 

Le jokage: Claudia très active et présente, rappelait et nommait ce qui s’était passé: « voyez, une des femmes a protégé la stagiaire, l’a emmenée plus loin, d’autres se sont solidarisées en un bloc combatif, deux ou trois ont essayé de neutraliser l’oppresseur, d’autressont allés en délégation auprès de la directrice…etc… Qu’en pensez-vous ?

Mes remarques :
Les différentes interventions, brèves en général, provoquaient l’euphorie du public, qui se sentait  boosté. Le travail de la jokère consistait à rendre visibles et nommer les actions simultanées des personnes venues sur scène. 
Pour moi, c’est un peu comme si on montrait rapidement un certain idéal. Resterait ensuite à voir comment, dans la réalité, on fait pour se retrouver tous solidaires et prêtes à agir vers cette image idéale.
J’avais déjà eu, comme joker,  des « invasions » de scène, dont une, à Strasbourg, organisée par notre ami JP où un client du kebab était rejoint par toute la bande de Naje qui criait « c’est dégueulasse » « quoi ? » «les kebab sont bons, mais dégueulasse comment vous traitez le sans papiers dans la cuisine ». Tout la salle avait applaudi. 
En 2006, à Lille, une scène de Jana Sanskriti : paysans contre les banques. Invasion spontanée de la scène par une douzaine de militants de la Confédération Paysanne, venus occuper le Crédit Agricole. Ma question : « dans la réalité est-ce… » J’avais été coupé par un gros rire : « envahir, dans la réalité ? On l’a fait, et pas qu’une fois » !
Je souhaite aller voir d’autres forums avec remplacements collectifs, étudier et comprendre comment la jokère peut aider le public à démêler et questionner les différentes actions menées simultanément. Prochaine date : 20 mars 2025 18h30, Apradis 6/12 rue des ponts, Amiens. Ils comptent y développer le « retro forum », à savoir, nous dit Bastien :
« Maintenant que vous êtes tous sur scène, mobilisés,et que vous sentez votre force, montrez-nous comment vous faites concrètement pour mobiliser les collègues, trouver des allié·es pour agir collectivement ». 
Bastien est en train de traduire le début du livre de Barbara Santos sur cette variante de TF « remplacements collectifs ». 

Texte de JF Martel. Commentaires et réactions bienvenus. jf.martel@orange.frpas a passo : pasapasso.to@gmail.com Bastien : bastienviltart.to@gmail.com

Maltraitance des enfants, voyage dans le réseau: Naje

Voyage dans le réseau : le nouveau forum de Naje :LA MALTRAITANCE DES ENFANTS

J’ai vu le 29 nov 2024 au Centre Social «  Paris des faubourgs » prés de la gare du Nord, ce nouveau spectacle qui comporte de nombreuses courtes scènes. 
Bravo, je suis ravi d’avoir pu y venir ! Naje en a joué 3 scènes. J’y ai été rejoint par Nicole Charpail.

L’ambiance: je l’ai trouvée excellente, (chaleureuse, détendue) les comédiens très bons avec notamment des expressions de visage intéressantes. Le jokage plaisant, sympa, avec des synthèses courtes et percutantes.

1) Un jeune enfant grogne et pleure dans le métro (ou le train) sa mère n’en peut plus,
elle se fâche, le bouscule, un voyageur s’en mêle: « il devrait être au lit, et quand on fait des enfants faudrait savoir s’en occuper ». 
6 remplacements. Fabienne a souligné: R1 s’est occupé de la mère ET de l’enfant, R2 de l’enfant, R3 de la mère, R4 de l’enfant et a créé un dialogue avec l’enfant, R5 se heurte au voyageur qui juge, R6 (qui revient sur scène) se confronte aussi au voyageur qui juge.

2) Une lycéenne est victime de viol mar inceste. A qui peut-elle en parler ? Sa mère ? Impossible, elle est dans le déni et lui reproche de dire n’importe quoi. A un copain de classe, très solidaire, celui-ci tente d’en parler à son propre père… Quatre remplacements: inviter la jeune fille chez son camarade en obtenant l’accord du père,  aller voir la mère avec elle, s’engager pour une présence dans la durée, demander au prof principal de faire une intervention collective sur les droits… 
J’ai trouvé tout à fait juste d’avoir mis cette scène (très dure) entre les deux autres scènes.

3) Le choix de l’orientation en fin de 3ème (comme ancien enseignant, je l’ai trouvée très bien construite) Le jeune obtient de faire un stage dans une crèche, le stage se passe TB, il veut continuer dans cette voie. PAS QUESTION ! le père veut qu’il aille dans une filière mécanique. La mère, très soumise, soutient son mari et « pense comme lui » . On découvre au cours des remplacements que le père considère que travailler dans une crèche va « féminiser » son fils. Une spectatrice comprend le sous-entendu et vient accuser le père d’homophobie, (alors que la question de l’homosexualité n’était pas dite dans le modèle).

LA PLACE DES ENFANTS DES SPECTATEURS. (car ce n’est pas un spectacle pour enfants) 

C’est un problème que Naje a résolu ce jour là.

Justement cette question avait été abordée à la rencontre N°20 à Toulouse. L’Histoire, rapportée par un groupe TO et jouée à la rencontre: 
 Une des femmes du groupe (qui joue) a invité sa propre fille (adulte) et… sa petite fille. La petite veut monter sur scène pour aller sur les genoux de Mamie, la pauvre jokère tente de convaincre la fille d’aller dans la salle de jeux à côté avec l’enfant, refus catégorique: vous voulez me virer ? Le ton monte ensuite entre les acteurs lors du bilan.
Beau dispositif au Paris des faubourgs, goûter prévu après la séance et… Surprise !
Une douzaine d’enfants arrivent de l’étage du dessous avec une monitrice et rejoignent tranquillement leurs parents. On voit bien que parents et enfants ont l’habitude de fréquenter ce Centre Social. 

Naje a déjà travaillé avec ce Centre Social, et nos amis de A l’affût allaient bientôt y intervenir

.
JF Martel 06 85 54 99 68. Vos remarques et questions sont les bienvenues.
 jf.martel@orange.fr
Naje: contact@compagnie-naje.fr

58 groupes du réseau TO depuis 11 ans : les anciens, les disparus, les nouveaux !

11 ANS DE RESEAU THEATRE DE L’OPPRIME : panorama de + de 60  groupes
Certains sont là depuis le début, certains ont disparu, d’autres sont arrivés !

Par JF Martel, secrétaire du Réseau. Point de mes connaissances fin 2024, revu le 24/03/25  contact@reseau-to.fr
J’espère n’avoir pas trop oublié de monde ! Les coordonnées de ces groupes :
sur le site www.reseau-to.fr à la page groupes et à l’onglet listes de la page membres

LES 3 AXES DU RESEAU TO
– le désir et le besoin d’échanger
à égalité entre praticien·ne·s du TO.
– la volonté de lutter contre les oppressions par le TO en accord avec les positions d’A. Boal
– la préférence pour la coopération, plutôt que la concurrence entre groupes.
Nous avons ajouté un quatrième axe récemment :
– l’attention aux dominations au sein de nos groupes et de notre réseau.

BREVE CHRONOLOGIE DU RESEAU
Rencontre N° zéro 
: le 2 déc 2013 à Lille, proposée par T’OP! intitulée « vers un réseau TO » à l’occasion d’un stage international dirigé par Sanjoy et Sima Ganguly de Jana Sanskriti (Inde).
1ère rencontre Paris, mars 2014. Décisions: créer un réseau, son périmètre, ses outils.
L’association Réseau TO créée à Paris en 2016. 13 groupes fondateurs, gros ou petits.

Page 1: les fondateurs, Page 2: les groupes adhérents et en lien,
Page 3: les nouveaux groupes, les groupes hors hexagone.

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QUI REMPLACE QUI ? RTO 19

RTO 19 Rencontre du Réseau TO 06-07 avril 2024 à Montreuil (93)

QUI PEUT REMPLACER QUI DANS UN THEATRE FORUM ?

ANALYSE DE 4 SITUATIONS.


1) LE COMMANDITAIRE «je sais tout»OMNIPRESENT SUR SCENE

2) REFUSER UN REMPLACEMENT ? VIOLENCE SUR SCENE
3) QUI VEUT QUE LA SITUATION CHANGE ? QUI REMPLACER ?

4) QUI REMPLACE LA JEUNE FILLE VOILEE? ENJEU DE LA SCENE?

autres questions…

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RTO 19 av . 24 AG, décisions

rencontre du 06-07 avril 2024 à Montreuil (93)

Prochaine rencontre du réseau TO:
 Ce sera le week-end des 9 et 10 novembre 24,
prés de Toulouse. dans un lieu qui nous héberge et nous restaure !
Elle sera animée et préparée par l’équipe de TOT ,soutenue par Noémie nomiedumont@yahoo.fr (présidente) et Fabienne, (Naje). Il sera possible d’arriver le 8 au soitret de repartir le 11 novembre. Depuis Paris, le train de nuit arrive à 6h30 le matin à Toulouse !

Qui était là les 6/7 avril ? nouvelles des groupes, décisions,
 AG statutaire
Rencontre animée et préparée par : Noémie, Nicole, Audrey. Bonne ambiance comme toujours ! De nombreuses personnes nouvelles dont certaines venues de nouveaux groupes.
24 participant·es: 3 du groupe Naje: Fatima, Pierre, Fabienne, 3 du groupe Arlette Moreau (Poitiers) : Marie, Benjamin, Yoann, 4 de Côté Act: Anne, Marion, Mathilde, Antoine, 1 de La chahutte (Cluny) Marie,1 de Histoire d’en jouer (Mont de Marsan; Jérome, 2 de Meta-Morphoses, Jérôme, Chloé, 1 de T’OP! Jean-François, 2 de Et Toc ! Jean-François, Darline, 1 de Ficelle: Noémie, 1 de Misgriff: Nicole,3 de TOT (Toulouse): Kassia, Cathy, Agnès, 1du groupe Histoires r’eux histoires de nous (65) Audrey.1 du groupe Eclairage Public (Suisse romande) Sophie.

THEME DE LA RENCONTRE :
 Qui remplace qui en théâtre forum ? voir l’article séparé
JEUX ET EXERCICES : 8 jeux de cohésion, 3 jeux d’argumentation. Voir l’article séparé.

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Jeux et ex. pratiqués lors de la rencontre RTO 19 (av.24)

rencontre du 06-07 avril 2024 à Montreuil (93)

1) HUIT JEUX DE PRESENTATION ou D’INTEGRATION
:
La carte géographique des participant·es
Sur une carte imaginaire (le plancher de la salle) l’animatrice indique le Nord et demande à chacun·e de e placer en fonction de là où ils travaillent, où ils habitent…

Marche- arrêt avec émotions : 
On marche dans l’espace et l’animatrice annonce une émotion. A la cloche,ou au clap, les participant·es s’arrêtent en statue image avec cette émotion. Ils peuvent ensuite continuer à marcher, se croiser, se dire bonjour dans cette émotion. 

Se ranger « en ordre croissant ou décroissant »
 L’animatrice propose des critères et on se range sur une ligne par ordre, en fonction de ces questions. Par exemple : par ordre alphabétique de votre prénom, par nombre d’années d’action dans le TO, en fonction de votre taille…

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